La hausse des TMS n’a pas été enrayée

Les grandes campagnes de communication en prime time n’y font rien : les troubles musculo-squelettiques (TMS) suivent toujours une courbe exponentielle en France. Et cela fait 10 ans que cela dure !  Selon des chiffres issus de l’Institut national de veille sanitaire (INVS), près de 40 000 salariés souffrant de TMS (syndrome du canal carpien, tendinites, douleurs cervicales…) ont été indemnisés en 2008 pour un coût avoisinant les 800 millions d’euros. Les TMS représentent toujours près de 80 % des maladies professionnelles. Et encore ces pathologies sont sous-déclarées, les salariés craignant en effet de perdre leur boulot.

Des causes bien connues

Les causes de ces maladies sont pourtant connues depuis longtemps : facteurs biomécaniques (mauvaises postures y compris pour le travail sur écran, gestes répétitifs, cadences élevées…) et facteurs psychosociaux (absence de marge de manœuvre, harcèlement, dissolution du collectif de travail…) sont les deux mamelles des TMS. Les catégories professionnelles les plus exposées sont aussi identifiées depuis belle lurette. La victime type d’un TMS ? Une femme senior au statut précaire travaillant comme opératrice de production. Mais les jeunes travailleurs intérimaires ne sont pas non plus à l’abri de même que les salariés travaillant sur écran.
Alors que faire pour juguler les TMS ? Alors que les campagnes de sensibilisation pour la prévention de ces pathologies ont davantage boosté le nombre des déclarations de maladies professionnelles, il aurait été préférable de laisser la main aux partenaires sociaux sur ce dossier en lien avec des organismes paritaires comme l’Anact, l‘INRS ou l’OPPBTP.  C’est surtout aux organisations professionnelles de se bouger. Les TMS coûtent en effet très cher aux entreprises.

Un site web propose aux salariés de noter leurs patrons

L’initiative est assez singulière  : un site web sud-africain, GetaGreatBoss, propose aux salariés de noter leurs patrons de manière facultative et anonyme. En fait, l’idée des promoteurs de ce nouveau service est de proposer aux entreprises un nouvel outil de valorisation de leur marque employeur en vantant les qualités professionnelles et humaines du big boss. Lequel doit au passage signer un chèque 200 dollars pour la réalisation de cet audit de son style de management.
Qualités managériales et comportementales
Les questions adressées aux salariés volontaires pour cette notation inversée portent tout à la fois sur les qualités managériales et comportementales du chef. Ils doivent également répondre à une série de questions ouvertes, du type « dans quels domaines votre patron devrait s’améliorer ? ».  En bout de course, le site fournit les résultats du test au seul manager. Outre moult statistiques, ce dernier accède aussi aux verbatims des questions ouvertes. Et, nec plus ultra, il a la possibilité de dialoguer avec ses salariés évaluateurs via une messagerie anonyme hébergée sur le site de l’éditeur. En cas de résultats satisfaisants, le patron peut dès lors se valoriser et lier son « bon profil » à sa campagne de recrutement grâce à une page web dédiée fournie par GetaGreatBoss. Quant aux chercheurs d’emploi, ils peuvent envoyer leurs candidatures en connaissance de cause.
Ce site figure au palmarès 2010 de Netexplorateur comme une des intiatives les plus prometteuses de l’ére numérique.

Handicap : le report scandaleux des pénalités

La loi est pourtant connue depuis 2005 mais elle ne sera pas totalement appliquée à la date prévue. En effet, il était question, au 1er janvier 2010, d’alourdir  sensiblement les pénalités financières pour les entreprises de plus de 20 salariés qui ne respecteraient pas l’obligation d’emploi de 6 % de travailleurs handicapés. Le montant des pénalités peut ainsi atteindre 400 fois le montant du Smic horaire multiplié par le nombres de personnes handicapées non embauchées, et 1500 fois le montant du Smic horaire multiplié par le nombres de personnes handicapées non embauchées pour les entreprises qui n’engageraient aucune démarche avant 2010. Il est vrai que  les mauvais élèves avaient de quoi s’inquiéter. Selon l’Agefiph, plus de 6 000 entreprises seraient potentiellement concernées par ces sanctions.

Mais c’était sans compter sur le gouvernement qui souhaite reporter de plusieurs mois l’entrée en vigueur de ce dispositif. Motif ? En cette période de crise, les entreprises ne sont pas prêtes. Un argument pour le moins douteux étant donné le délai imparti. De plus, si de nombreuses entreprises se sont fort heureusement emparées de la question du handicap (en négociant des accords, en confiant des missions à des CAT…), il semble bien que le cancre en la matière soit bien le secteur public.

Rappelons aussi le taux de chômage des travailleurs handicapés est deux fois plus important que celui des personnes valides. Handicap, une ex-grande cause nationale ?

La CGT pourrait quitter le Conseil national de la santé au travail d’EDF

Les raisons sont encore obscures mais, selon mes informations, la CGT devrait quitter prochainement le Conseil national de la santé au travail d’EDF. Née en 2008, cette instance, qui réunit des représentants de la direction, des médecins du travail, des représentants des organisations syndicales et des membres de CHSCT, a pris la suite de feu le CNHSCT (Comité national d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail), organisme commun à GDF et EDF créé en juillet 1985.

Chez EDF (158 640 salariés dont 105 322 en France), le Conseil national de la santé au travail est un espace de dialogue et de réflexion pluridisciplinaire sur les nouveaux enjeux de la santé au travail. Autant dire un lieu de débats crucial compte tenu des risques professionnels dans cette entreprise en pleine mutation. On se souvient aussi des suicides de salariés à la centrale de Chinon.

Le départ de la CGT porterait un coup très dur au Conseil national de la santé au travail. Partie prenant dès la création de cette instance, la  centrale de Montreuil ne cachait pas non plus ses craintes : que le conseil national ne se transforme en simple chambre d’enregistrement de la politique de la direction.

Chez Norbert Dentressangle, les salariés se suicident en silence

Suicides et omerta chez Norbert Dentressangle.  Les syndicats de ce transporteur routier, un des leaders  européens du secteur, viennent tout juste d’apprendre que trois de leurs collègues avaient mis fin à leur jour.

David Astier, 34 ans, père de quatre enfants, s’est suicidé en juin. Manu Alvez et Alain Marchi, tous deux chauffeurs routiers dont l’un était père d’enfants handicapés,  ont connu la même fin tragique.

Combinés à l’augmentation des arrêts maladie, ces actes de désespoir traduisent une inexorable dégradation des conditions de travail dans cette entreprise. Malgré les alertes répétés des représentants du personnel, la direction n’a toujours pas esquissé la moindre démarche pour tenter de la juguler.

Les managers du transporteur ne sont pas davantage entendus. Selon les syndicats, un cadre de haut niveau, qui a alerté sa hiérarchie sur les risques que font peser sur la santé mentale des salariés la hausse de la productivité et des méthodes de management par le stress, s’est vu signifier une menace de licenciement !

Implanté dans un coin de la drôme, ce groupe a souvent érigé le culte du secret au rang de stratégie. Il est temps désormais qu’il place ouvertement  la problématique des risques psychosociaux au coeur de sa poltique RH et de son dialogue social.

Médecine du travail : le texte est enterré après le refus de la CGT de le signer

On le pressentait depuis quelques semaines, le protocole d’accord du 11 septembre sur la modernisation de la médecine du travail n’a été signé par aucune centrale syndicale. La CGT a, le 6 octobre, porté le coup de grâce au texte, en faisant part de son refus de le signer. « Alors que l’on voit les effets désastreux de certaines formes d’organisation du travail et de management, il est tout particulièrement regrettable que le patronat ait d’abord pensé à protéger ses intérêts au détriment du droit fondamental à la santé des salariés », indique la centrale de Montreuil, faisant clairement référence à la vague de suicides qui frappe France Télécom.

La veille, le 5 octobre,  sur le plateau de l’émission de télévision « Mots Croisés » consacrée à la libéralisation de La Poste et à France Télécom, Bernard Thibault avait vendu la mèche en s’adressant à Benoît Roger-Vasselin, chargé des relations sociales au Medef. Le leader cégétiste critiquait notamment l’espacement des visites médicales de deux à trois ans et les transferts de responsabilité sur des infirmières non formées aux problématiques de santé au travail.

Le ministère du Travail va désormais reprendre la main sur ce dossier.

Réforme de la médecine du travail : c’est mal parti !

Après la CFE-CGC, la CFTC vient d’annoncer qu’elle renonce à parapher le projet d’accord du 11 septembre relatif à la réforme de la médecine du travail. La centrale chrétienne redoute un appauvrissement de la protection médicale des salariés.  Il faut dire que le texte prévoit, notamment, d’espacer la périodicité des visites médicales de deux à trois ans, voire davantage en cas de dérogation accordée au niveau régional. Lors de la précédente réforme, la périodicité était déjà passée de un à deux ans, sauf pour les salariés évoluant dans des activités à risque.

Les autres syndicats devraient se prononcer la semaine prochaine. La CFDT avait évoqué, dans la foulée de la séance de négociation du 11 septembre, des « intentions positives ».  FO et la CGT étaient nettement plus réservées.

France Télécom à la Fête de l’Humanité, une initiative suicidaire ?

La Fête de l’Humanité, qui a débuté le vendredi 11 avril, accueille un invité insolite par les temps qui courent : France Télécom. Partenaire du rendez-vous annuel du parti communiste, l’opérateur anime également un stand au Parc de La Courneuve. Des responsables RH  sont présents pour y vanter le bon air qui souffle actuellement au sein de cette entreprise. Pas sûr que cela soit du goût des sympathisants du PC et des autres formations de la gauche radicale, en passant par les militants de Sud.

Alors que France Télécom est confronté à une vague de suicides – 23 actes de désespoir en 18 mois ; vendredi, une jeune femme de 32 ans s’est défenestrée à Paris – en raison, notamment, de ses modes de management et d’une absence d’accompagnement durant la phase de restructuration, sa présence à la Fête de l’Huma est pour le moins une opération de com’ à haut risque voire… suicidaire.

Pour calmer les esprits, la direction de France Télécom a réuni hier en urgence une réunion exceptionnelle du CNSHSCT (Comité National Santé Hygiène, Sécurité et Conditions de Travail) présidée par Olivier Barberot, le DRH du groupe. La principale décision a été d’interrompre le processus de réorganisation, lequel s’accompagne de mobilités forcées. Parmi les autres mesures annoncées :

- ouvrir, dès le 18 septembre, une négociation avec les partenaires sociaux afin de décliner l’accord national interprofessionnel sur le stress ;
- réaliser un état des lieux pour fin novembre avec le soutien d’un cabinet d’expertise indépendant choisi en concertation avec les organisations syndicales ;
- accroître, en effectifs et en moyens, les équipes de médecine du travail et les assistant(e)s sociaux (ales) (+ 10% de médecins du travail dans les mois qui viennent) ;
- renforcer, par une centaine de collaborateurs, les équipes RH de proximité ;
- généraliser les négociations locales sur l’accompagnement des réorganisations, qui « pourront porter notamment sur la formation, les mesures d’accompagnement des mobilités, l’aménagement des horaires de travail et s’appuieront sur des accords Groupe tels que l’accord sur le télétravail, signé le 22 juin 2009. »

Le président de France Télécom doit rencontrer, dans les jours qui viennent, le ministre du Travail pour faire le point sur cette situation dramatique. Certains syndicats menacent de demander aux salariés de faire jouer leur droit de retrait.

France Télécom s’attaque (enfin) à la prévention des suicides

Bonne nouvelle pour les salariés de France Télécom : le DRH de l’opérateur, Olivier Barberot, a accepté, après avoir rencontré l’ensemble des syndicats le 25 août, d’ouvrir rapidement une négociation sur le stress au travail. Au menu : déclinaison de l’accord national interprofessionnel sur le stress au travail du 2 juillet 2008, renforcement des équipes RH de proximité et des médecins du travail, amélioration de l’animation du réseau des assistantes sociales, négociations locales d’accompagnement liées à des projets d’évolution organisationnelle. Des mesures censées mettre un terme à la vague de suicides dans cette entreprise.

Depuis début 2009, vingt salariés ont mis fin à leur jour dont trois depuis la mi-juillet. Il était temps que l’entreprise réagisse ! D’autant que la problématique de la souffrance au travail ne date pas d’hier chez France Télécom. En 2004 déjà , Marie-Claude Beaudeau, alors sénatrice (PC) du Val-d’Oise, demandait l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire sur ce sujet. Quelques mois plus tard sortait « La machine à broyer », le livre choc de Dominique Decèze. En 2007, les syndicats ont même créé un observatoire du stress au sein de l’entreprise.

Cette fois, la DRH a décidé de prendre les devants. C’est tant mieux ! Les points soumis à la négociation rappellent d’ailleurs étrangement ceux discutés chez Renault, à l’époque où le constructeur déplorait les suicides de ses salariés dans ses centres d’ingénierie, en particulier au Technocentre de Guyancourt. Espérons toutefois que l’entreprise s’attaque vraiment aux racines du mal, à savoir les conditions de travail et les modes de management.

Une nouvelle procédure pour déclarer les accidents du travail et les maladies professionnelles

Une nouvelle procédure de déclarations des ATMP à compter de janvier prochain

Une nouvelle procédure de déclaration des AT-MP à compter de janvier prochain

Le décret est sorti pendant le grand chassé-croisé sur les routes de France. Le texte du 31 juillet modifie pourtant en profondeur la procédure de déclaration des accidents du travail et des maladies professionnelles (AT-MP). A partir du 1er janvier prochain, les employeurs disposeront, après avoir reçu la notification de la décision de la caisse primaire d’assurance-maladie (CPAM), d’un délai de deux mois pour contester la qualification d’accident du travail, synonyme d’une hausse de leurs cotisations. L’objectif de cette disposition ? Limiter le nombre des contentieux car, auparavant, aucune délai n’était fixé. Du coup, il était courant que les entreprises, conseillées par les cabinets tueurs de coûts, attendent plusieurs années pour contester le caractère professionnel d’un accident du travail ou d’une pathologie.

Autre nouveauté introduite par le décret : les réserves émises par l’employeur lors de la déclaration devront être motivées. La CPAM devra alors procéder à des investigations sur les circonstances de l’accident en interrogeant l’employeur et la victime. Afin de garantir le caractère contradictoire de la procédure, la caisse devra informer les deux parties au moins dix jours francs avant de prendre sa décision. Ces derniers pourront, en outre, accéder au dossier.

Si ce décret devrait effectivement endiguer la hausse des contentieux, il ne règle en rien le phénomène de la sous-déclaration des AT-MP (800 millions d’euros par an, selon certaines estimations). Poussera-t-il aussi les entreprises à mettre davanatage l’accent sur la prévention des risques professionnels ? Rien n’est moins sûr.