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La spécialiste de la souffrance au travail Marie Pezé licenciée pour inaptitude
Celle qui a créé et qui animait la consultation sur la souffrance au travail au Centre d’accueil et de soins hospitaliers (Cash) de l’hôpital de Nanterre (92), celle que les journalistes (je l’avais interviewée en octobre 2008 puis revue à maintes reprises dans des colloques) et les hommes politiques sollicitaient a été licenciée cet été pour inaptitude. Invalide, Marie Pezé, qui ne parlait jamais de son handicap, demandait à la direction de l’hôpital un aménagement de son poste de travail comme l’exigeait depuis plusieurs années la médecine du travail.
Des préconisations qui n’ont jamais été prises en compte. Fatiguée physiquement et sans doute nerveusement (elle accueillait environ 900 patients par an), elle a été déclarée inapte par la médecine du travail. Il se murmure qu’elle pourrait intenter une action en justice pour discrimination liée à son handicap physique.
• Marie Pezé est psychologue clinicienne, psychanalyste et psychosomaticienne. Elle dirigeait, depuis 1997, la consultation “Souffrance et travail” qu’elle a elle-même créée au Centre d’accueil et de soins hospitaliers (Cash) de l’hôpital de Nanterre (92). Depuis 2007, elle est experte auprès de la cour d’appel de Versailles.Elle anime également de nombreuses formations. Son livre Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés, adapté au grand écran par Marc-Antoine Roudil et Sophie Bruneau, a médiatisé le problème de la souffrance au travail.
Réforme de la médecine du travail : c’est mal parti !
Après la CFE-CGC, la CFTC vient d’annoncer qu’elle renonce à parapher le projet d’accord du 11 septembre relatif à la réforme de la médecine du travail. La centrale chrétienne redoute un appauvrissement de la protection médicale des salariés. Il faut dire que le texte prévoit, notamment, d’espacer la périodicité des visites médicales de deux à trois ans, voire davantage en cas de dérogation accordée au niveau régional. Lors de la précédente réforme, la périodicité était déjà passée de un à deux ans, sauf pour les salariés évoluant dans des activités à risque.
Les autres syndicats devraient se prononcer la semaine prochaine. La CFDT avait évoqué, dans la foulée de la séance de négociation du 11 septembre, des "intentions positives". FO et la CGT étaient nettement plus réservées.
Le médecin de ville n’est pas le médecin du travail

Le Medef a proposé que la visite médicale d'embauche soit confiée au médecin de ville
C’est une proposition du Medef avancée dans le cadre de la négociation sur la réforme de la médecine du travail : afin pallier la pénurie de médecins du travail (nombreux départs en retraite, filière peu attractive pour les étudiants, métier dont la crédibilité est écornée…), l’organisation patronale, qui ne manque jamais d’idées novatrices, souhaite confier aux médecins de ville – en fait votre généraliste de proximité – les visites médicales d’embauche. Cet acte essentiel de la vie professionnelle du salarié – d’autant plus essentiel que les visites médicales ont lieu désormais tous les deux ans, sauf pour les métiers à risque – relève pourtant de la seule compétence du médecin du travail, seul praticien à connaître vraiment le lieu de travail et ses éventuels dangerosités.
La proposition du Medef, à l’évidence dangereuse pour la profession de médecin du travail mais surtout pour la santé du salarié une fois embauché, a été rejetée en bloc par les syndicats. Ouf ! Mais la partie patronale a un autre atout dans son jeu : porter de deux à quatre ans la fréquence de la visite médicale pour les salariés non exposés à des risques spécifiques. Qui sont-ils ces salariés ? Personne ne le sait réellement à ce jour.
Là encore, cette suggestion n’a pas soulevé l’enthousiasme des syndicats présents à la table des négociations. On peut les comprendre. Imaginons un cadre du tertiaire (a priori non exposé à un "risque spécifique"), soumis à une très forte pression, passer une visite médicale tous les quatre ans, on peut légitimement penser que l’épuisement professionnel interviendra avant la date du rendez-vous chez le médecin du travail. A l’heure où les pouvoirs publics souhaitent manifestement une meilleure prise en compte du bien-être au travail par les employeurs, notamment via la prévention des risques psychosociaux (visiter le site du ministère du Travail travailler-mieux.gouv.fr), cette proposition du Medef est bel et bien à contre-courant.
