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Archive for septembre 2008

Essilor : le spécialiste de l’optique retrouve de la visibilité

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Paru dans Entreprise & Carrières, N° 921 du 23/09/2008


Après huit mois d’exploitation de son nouveau site de recrutement, le spécialiste de l’optique Essilor a vu doubler le nombre de ses e-candidatures.

Des durées de consultation en hausse, un nombre de candidatures qualifiées en progression, des internautes aux profils plus variés, une meilleure compréhension de la politique RH par les candidats… Huit mois après le lancement de   <www.essilor-recrute.com> <Consulter le site RH>, son nouveau site RH de recrutement – le précédent datait de 2003 -, Essilor dresse un premier bilan positif de son nouvel outil d’e-recrutement. Le spécialiste de l’optique ophtalmique (30 000 salariés dans le monde dont 3 376 en France), inventeur du verre progressif Valirux qui a fait son succès, était pourtant, auparavant, bien avare sur le front du marketing RH.

La création de son nouveau site, en février dernier, a marqué une sorte de rupture dans sa communication. Sur son site web, la société de Charenton-le-Pont, en région parisienne, n’hésite plus à parler d’elle et à marteler ses points forts : son DRH groupe, Henri Vidal, livre un témoignage studieux sur les valeurs qui animent l’entreprise ; des salariés évoquent leurs métiers… Les process de recrutement y sont aussi clairement détaillés. Essilor a, il faut le dire, de quoi séduire l’internaute.

Actionnariat salarié et diversité

Valeur phare du CAC 40, le numéro 1 mondial du verre ophtalmique déploie une politique RH étayée par des dispositifs portant tout à la fois sur l’actionnariat salarié, l’initiative individuelle ou encore la gestion des seniors, les fameux «Essiboomers». Sans compter la thématique très porteuse de la diversité. « Nous avons, dès 2002, signé un accord de lutte contre toutes les formes de discrimination. Fin 2006, nous avons engagé une politique de recrutement et de maintien dans l’emploi des personnes handicapées », rappelle Joël Gavazzi, DRH France d’Essilor International.

Dès lors, pourquoi cacher autant d’atouts, à l’heure où le candidat, en particulier le jeune diplômé, n’oriente plus uniquement ses choix sur le seul critère de la rémunération ? « Culturellement, nous sommes, il est vrai, une entreprise discrète. Toutefois, la première prise de contact du candidat avec un recruteur transite désormais par le web. Il était donc impératif d’améliorer notre visibilité et celle de nos métiers sur la toile », souligne Marion Margot, directrice de la communication interne d’Essilor.

Piège de la démesure

Essilor n’est pas pour autant tombée dans le piège de la démesure. Point de surplus, mais une approche pragmatique du recrutement en ligne. Les t’chats ? « Des outils gadgets », commente Élisabeth Perrier, responsable emploi et recrutement. Les alertes via le SMS ? « Peu adaptées à notre cible ». Techniquement, le site autorise simplement les alertes e-mail et les flux RSS permettant à un candidat de recevoir des offres directement sur la fenêtre de son navigateur Internet.

« Notre site est dimensionné par rapport à notre volume de recrutement. Cette année, nous réaliserons environ 200 embauches. Entre 35 % et 40 % des postes seront pourvus par de la mobilité interne », explique Élisabeth Perrier. Essilor affiche, en outre, un turn-over inférieur à 2 %. Depuis début 2008, moins de 20 cadres (sur une population de plus de 1 000 personnes) ont quitté l’entreprise.

Doté d’une CVthèque pourvue actuellement de 5 000 CV, qui est gérée par une solution E-Grasp éditée par Stepstone, Essilor-recrute.com « permet de recevoir des candidatures plus qualifiées et de véhiculer nos besoins en termes d’emploi, notamment dans les métiers des fonctions supports comme ceux de la finance », explique la responsable emploi et recrutement.

Un temps de connexion en hausse

Selon les résultats d’un bilan réalisé début septembre, le site RH a accueilli, au 1er semestre 2008, 5 000 connexions mensuelles en moyenne, soit un niveau identique par rapport à la même période de l’an dernier. En revanche, les temps de connexion sont passés de 2,5 minutes sur les six premiers mois de 2007 à 4,5 minutes au premier semestre dernier. « Manifestement, il n’y a pas eu d’effet lancement sur le nombre de connexions. Aujourd’hui, un nouveau site web est un non-événement. En revanche, la progression des durées de consultation et le nombre de CV déposés prouvent que les internautes surfent davantage sur notre site », décrypte Élisabeth Perrier.

Meilleure connaissance de l’entreprise

Top des rubriques les plus consultées (hors offres d’emploi) ? Les pages métiers. Une bonne nouvelle pour la DRH d’Essilor, confirmée par le témoignage des cabinets de recrutement. « Nos partenaires nous disent que les candidats qu’ils reçoivent en entretien ont une meilleure connaissance de l’entreprise que par le passé », se réjouit la responsable emploi.

Les e-candidatures (spontanées et en réponse aux offres) sont, quant à elles, passées de 2 600 en 2007 à 5 000 cette année pour un niveau d’annonces quasi identique. Au cours du premier semestre 2008, 28 candidats ont été recrutés grâce au web, contre 12 sur la même période de 2007.

Essilor-recrute.com a été lancé avec l’agence Plan Créatif pour un budget total légèrement inférieur à 100 000 euros.

Retour sur investissement

« Le retour sur investissement est atteint à partir de trois recrutements réalisés », indique Élisabeth Perrier. Le site, qui ne verra pas de développement majeur en 2009, vient en complément des annonces diffusées dans la presse spécialisée, sur les sites web de référence du secteur (acuité.fr), des candidatures glanées dans les salons de recrutement et de la chasse directe pour des profils plus expérimentés. La DRH d’Essilor reçoit encore une centaine de CV papier par mois. JFRio

– ESSILOR

• Activité : conception et commercialisation de verres optiques.

• Effectifs : 30 000 salariés, dont 3 376 en France.

• Chiffre d’affaires 2007 : 2,9 milliards d’euros.

• Site emploi : <www.essilor-recrute.com>

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septembre 29, 2008 at 11:17

Orientation sexuelle : des entreprises de moins en moins complexées

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Le lobbying exercé par les membres de L’Autre Cercle (Le site de l’Autre Cercle) et l’engagement de sa porte-parole Catherine Tripon commencent-ils à porter leurs fruits ? Cinq ans après la publication de son Livre blanc, l’association de défense des communautés LGBT (1) entrevoit quelques signes d’espoir dans la manière dont les entreprises brisent, aujourd’hui, le tabou de l’homosexualité au bureau.

A l’occasion du lancement de son guide Diversité et travail. N’a-t-on rien oublié ? (2), qui sera diffusé essentiellement dans les milieux patronaux (ANDRH, Medef, CCI…), l’association réunissait, le 10 septembre à Paris, quelques DRH de grands groupes (IBM, Eau de Paris, Vinci, PSA Peugeot-Citroën) pour faire le point sur les bonnes pratiques que les entreprises mettent en place pour prévenir et sanctionner les discriminations homophobes.

Face aux minorités visibles

Premier constat : les salariés LGBT peinent toujours à trouver leur place dans le concept de promotion de la diversité qui fait la part belle aux minorités visibles. « Les entreprises qui font la promotion de la diversité doivent oser parler d’orientation sexuelle. C’est un préalable », martèle Catherine Tripon.

Le règne du non-dit

Du coup, le règne du non-dit au travail crée « une souffrance liée à l’invisibilité, selon Jean-Philippe Bouilloud, professeur de sociologie des organisations à l’ESCP-EAP. Contrairement aux minorités visibles, les communautés LGBT doivent conquérir des espaces de légitimité dans leur sphère privée et professionnelle ». « Il convient de communiquer sur l’orientation sexuelle sans tomber dans le piège de la hiérarchisation des formes de discrimination », préconise Eric Leleu, DRH de Vinci.

Evolution des attitudes

Si le sujet de l’orientation sexuelle est encore mal compris, les attitudes ont beaucoup évolué en France », note, cependant, Tim Stevens, DRH d’IBM. Ainsi, les jeunes n’ont plus de tabou sur les préférences sexuelles. « Ils ont beaucoup d’attentes par rapport aux entreprises soucieuses de diversité. Cela peut aussi nourrir des déceptions. Lorsque nous avons signé notre accord sur la diversité, nous avons observé une multiplication des candidatures », indique Jean-Luc Vergnes, DRH de PSA Peugeot-Citroën.

Autre catégorie à se à sentir de plus en plus à l’aise avec l’orientation sexuelle : les syndicats. Chez Vinci, par exemple, elle est désormais abordée sans ambage dans les 29 CE d’établissement.

Au-delà de l’adaptation des process RH, notamment pour intégrer les dispositifs disciplinaires sanctionnant les actes homophobes, les DRH s’accordent sur une ligne de conduite générale. La prise en compte de la diversité liée à l’orientation sexuelle doit relever d’une politique clairement affichée mais non stigmatisante, qui implique la direction générale, le management, les institutions représentatives du personnel et qui doit se déployer au plus près du terrain.

« Il y a, certes, des progrès, mais nous devons rester vigilants, car on peut très vite revenir en arrière. Gare aussi aux effets d’affichage », prévient, toutefois, Pascal Bernard, DRH d’Eau de Paris et vice-président de l’ANDRH.

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septembre 17, 2008 at 9:42

SIRH Les collectivités territoriales montent en gamme

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Paru dans Entreprise & Carrières, N° 851 du 03/04/2007

Rubrique : L’actualité
Auteur(s) : J.-F. R.

Selon une étude réalisée par Ineum Consulting, les collectivités territoriales adaptent leur SIRH aux besoins de la gestion des ressources humaines.

« Au-delà de sa vocation réglementaire et administrative, le SIRH s’étend progressivement vers les domaines de la GRH », constate le cabinet-conseil Ineum Consulting, qui vient de réaliser une étude sur les SIRH dans les collectivités territoriales. Présentée le 30 mars dans le cadre du Salon de l’emploi public, celle-ci relève, ainsi, que la formation (76 %), la gestion des temps (62 %) et le recrutement (39 %) sont des domaines où l’informatisation gagne du terrain.


Ouverture aux managers

Dans les collectivités territoriales, où le parc des SIRH est récent, DRH et DSI ont massivement fait le choix du progiciel RH, souligne Ineum Consulting. Comme dans les entreprises privées, les SIRH s’ouvrent aux managers. Seule différence : les managers des collectivités territoriales consultent les données RH plus qu’ils ne procèdent à des transactions. Les informations qui sont mises à leur disposition concernent, en priorité, la gestion des temps (70 %), la gestion des carrières (48 %) et la gestion de la formation (37 %).

L’externalisation RH n’est pas encore une pratique courante dans les collectivités territoriales. Elle n’est citée que par 19 % des personnes interrogées. Sans surprise, c’est la maintenance applicative qui est la plus externalisée (35 %), devant le help desk (19 %) et la veille réglementaire (19 %).


Difficultés

Analysant la manière dont les SIRH ont été déployés, Ineum Consulting avance comme principales difficultés les aspects techniques (33 %), la capacité du progiciel à répondre aux besoins fonctionnels (29 %), la prise en compte insuffisante de la stratégie RH (26 %) et la résistance au changement (23 %). Autre point critique que formulent 50 % des enquêtés : le flou persistant autour du partage des responsabilités entre les DSI et les DRH.

Parmi les perspectives, 94 % des sondés évoquent un besoin d’évolution de leur SIRH dans les deux ans qui viennent. Une modernisation qui se traduira, entre autres, par l’acquisition d’une version plus récente du progiciel et la mise en oeuvre de fonctionnalités e-RH. Seules 13 % des personnes envisagent, dans les cinq ans à venir, une externalisation partielle ou totale de leur SIRH .


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septembre 17, 2008 at 9:32

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AT-MP : une sous-déclaration maladive

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Paru dans Entreprise & Carrières, N° 918 du 02/09/2008
Auteur(s) : J.-F. R.

Le rapport de la commission Diricq, qui analyse tous les trois ans l’évolution de la sous-déclaration des accidents du travail et des maladies professionnelles (AT-MP), pointe une nouvelle fois l’ampleur du phénomène.

Entre 565 millions et 1,015 milliard d’euros. Tel est, selon le dernier rapport de la commission présidée par Noël Diricq, conseiller maître à la Cour des comptes, l’estimation du montant de la sous-déclaration des accidents du travail et des maladies professionnelles (AT-MP). Un phénomène bien connu qui creuse le déficit de l’assurance maladie. Cette dernière «récupère», en effet, la prise en charge des soins et des traitements qui devraient logiquement relever de la branche AT-MP, financée par les employeurs. La situation ne fait qu’empirer : en 2005, date du précédent rapport, le coût de la sous-déclaration des AT-MP était évalué entre 356 et 750 millions d’euros.

Dans le cadre du plan de redressement de l’assurance maladie, le gouvernement a annoncé, fin juillet, sur la base des dernières estimations Diricq, une augmentation de 300 millions d’euros du versement de la branche AT-MP à la branche maladie, qui passerait de 410 à 710 millions d’euros en 2009. « Si les chiffres avancés par le rapport sont exacts, alors cette hausse est largement insuffisante et peu conforme à la réalité », s’étonne Arnaud de Brocca, secrétaire général de la Fnath, association représentant, notamment, les victimes du travail.


Centaines de millions d’euros

A elle seule, la sous-déclaration des cancers professionnels représente un coût annuel compris entre 232,1 et 607,4 millions d’euros. Les pathologies répertoriées au tableau 57, autrement dit, les TMS, sont, elles aussi, largement sous-déclarées (29 131 cas), pour un coût estimé à 144,7 millions d’euros. Le nombre d’accidents avec arrêt non déclarés est évalué à 38 000 par année, engendrant un coût de 74,4 millions d’euros. En ce qui concerne l’asthme professionnel (19 330 à 41 885 cas non déclarés), la fourchette est comprise entre 36,6 et 79,3 millions d’euros.


Causes multiples

Méconnaissance de l’origine professionnelle des pathologies par le corps médical et par les caisses de Sécurité sociale ; sous-déclaration à la branche AT-MP par les victimes elles-mêmes, qui craignent de perdre leur emploi ; pressions exercées par certains employeurs ; des tableaux de maladies professionnelles de plus en plus limitatifs qui ont pour effet de doper le nombre de maladies professionnelles non reconnues comme telles… Autant de causes que Noël Diricq avait déjà identifiées dans son rapport 2005, dont le destinataire était Xavier Bertrand, alors ministre de la Santé. Les préconisations pour juguler la sous-déclaration des AT-MP étaient aussi les mêmes qu’aujourd’hui.


– Déclarer en ligne

  Depuis le 1er septembre, les employeurs peuvent déclarer en ligne sur le site de télédéclarations sociales, net-entreprises.fr, les accidents du travail.

  Avantage de ce nouveau service : les entreprises renseignent en une seule fois les formulaires relatifs à la déclaration d’accident du travail (DAT) et à la feuille d’accident permettant au salarié accidenté de bénéficier de la gratuité des soins.

  La DAT en ligne peut être effectuée en remplissant un masque de saisie (mode EFI) ou par transmission de fichier par le logiciel de l’entreprise (mode EDI).


– L’INVS pointe la souffrance psychique

  Selon les résultats préliminaires, publiés le 26 août, de la veille épidémiologique de l’Institut de veille sanitaire (INVS) portant sur les régions Pays de la Loire, Poitou-Charentes, Midi-Pyrénées et Paca, les affections de l’appareil locomoteur – TMS, mal de dos – (59 %) ; la souffrance psychique – dépression, troubles du sommeil – (21 %) et les troubles de l’audition (6,4 %) sont les maladies à caractère professionnel (MCP) les plus fréquemment signalées par les 694 médecins du travail membres de ce réseau de surveillance. Les secteurs industriel et financier (7,2 %), ceux de la santé-action sociale et de la construction (6 %) ainsi que celui du commerce (5,6 %) sont les plus touchés. Plus de 80 % des MCP sont signalées chez les ouvriers et les employés.

  Aujourd’hui opérationnel dans sept régions, ce nouvel «outil d’observation, d’aide à la décision et d’information» est amené à être élargi à d’autres régions volontaires.

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septembre 17, 2008 at 9:25

Troubles musculo-squelettiques : Le pire est-il devant nous ?

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Paru dans Entreprise & Carrières, N° 835 du 05/12/2006

Rubrique : Enquête
Auteur(s) : Jean-François Rio

Les troubles musculo-squelettiques caracolent toujours en tête des maladies professionnelles. Loin d’être en régression, comme l’ambitionne le Plan santé au travail du gouvernement, le nombre de ces pathologies risque d’exploser dans les années à venir. En cause : l’éventuelle progression du taux d’emploi des seniors et le développement des services à la personne.

L oin du compte ! Rue Saint-Dominique, dans les coursives du ministère du Travail, on ne se fait guère d’illusions : l’objectif de Gérard Larcher de juguler de 20 % le nombre de troubles musculo-squelettiques ( TMS ) à l’horizon 2009 ne sera pas tenu. Certes très ambitieuse, l’une des mesures phares du Plan santé au travail du ministre délégué à l’Emploi est aujourd’hui considérée comme un effet d’annonce ou, pis, comme « un leurre », selon l’expression, un tantinet sévère, de Serge Duffour, ex-responsable confédéral de la santé au travail à la CGT, passé, depuis, au cabinet-conseil Emergences.

Les chiffres sont, il est vrai, implacables. En 2005, 28 278 TMS répertoriés au tableau 57 des maladies professionnelles ont été indemnisés, contre 24 848 en 2004. Et ces affections des membres supérieurs et inférieurs, qui touchent désormais l’ensemble des secteurs d’activité, y compris le tertiaire, représentent toujours près de 70 % des maladies professionnelles.


Sous-déclaration chronique

« Ces dernières statistiques ne vont pas dans le bon sens », reconnaît mezza voce Gilles Evrard, directeur des risques professionnels de la Cnamts. Sans compter que ces données officielles masquent la réalité de l’épidémie en raison d’une sous-déclaration chronique. Dans son étude épidémiologique, conduite en 2004 dans les Pays de la Loire (un des axes de recherche a consisté à comparer le nombre d’opérations du canal carpien par an et les cas déclarés), l’Institut national de veille sanitaire (INVS) a montré que 13 % des salariés se plaignaient de douleurs musculo-squelettiques, soit, rapporté au niveau national, 2,6 millions de personnes ! Autrement dit, autant de malades en puissance.


25 % des arrêts de travail

« Les chiffres de la Cnamts ne reflètent en rien la souffrance au travail, observe Michel Aptel, médecin à l’Institut national de recherche de sécurité (INRS). Nous savons que 25 % des causes des arrêts de travail de longue durée ont une origine rhumatologique. »

Et le pire semble à venir ! Non seulement l’ampleur de la sous-déclaration constitue une véritable bombe à retardement, mais, ironie du sort, ce sont deux projets majeurs du magistère de Jean-Louis Borloo, ministre de l’Emploi, qui risquent d’accroître sensiblement le nombre de ces maladies.


Emploi des seniors

Le premier concerne les perspectives de maintien dans l’emploi des seniors. La France, où le taux d’emploi des 55-64 ans n’est que de 36,8 %, vise, selon un objectif européen fixé au sommet de Stockholm en 2001, un taux de 50 % en 2010. D’où toute une série d’encouragements pour favoriser l’emploi des salariés âgés. Or, certains experts y voient une sorte d’injonction paradoxale : d’un côté, la volonté d’allonger la durée de vie professionnelle et, de l’autre, une absence d’engagement sur le front des conditions de travail, en particulier sur des dispositifs d’aménagement de poste ou de déroulement de carrière sur des métiers moins pénibles. Une remarque qui vaut également pour les partenaires sociaux. Signataires de l’accord interprofessionnel qui a inventé le CDD senior, ils restent englués dans la négociation relative à la pénibilité au travail. « Les débats sur l’employabilité des salariés âgés n’ont malheureusement pas été accompagnés d’une réflexion sur les TMS », souligne Michel Aptel.


Facteur aggravant

Si « l’âge ne rime pas obligatoirement avec TMS », comme le fait justement remarquer Evelyne Escriva, copilote du projet TMS à l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact), il reste toutefois un facteur aggravant. Ainsi, chez les ouvriers de plus de 50 ans, les TMS concernent un quart des hommes (contre 11 % pour le reste de la population) et un tiers des femmes (15 %), avec une forte proportion de maladies de l’épaule. Des pathologies qui s’opèrent difficilement et qui provoquent de longs arrêts de travail.

« Après 50 ans, les niveaux d’exposition ne sont pas forcément plus élevés, mais les douleurs sont vives et persistantes dans le temps », observe Yves Roquelaure, professeur en médecine du travail à l’université d’Angers (lire aussi p.31), un des contributeurs de l’étude de l’INVS dans les Pays de la Loire.


Des moyens de prévention dérisoires

Autre grand chantier gouvernemental qui soulève l’inquiétude : le développement des services à la personne, qui sont, certes, créateurs d’emplois, mais qui recèlent, outre une kyrielle de métiers à forte pénibilité, des moyens de prévention dérisoires. « Le niveau de maturité de ce secteur sur ces maladies est très insuffisant. Parfois, pour des raisons évidentes. Prenez le cas des soins à domicile, le médecin du travail ne peut pas, naturellement, intervenir sur le milieu de travail », illustre Béatrice Nozari, ergonome au Ciamt (Centre inter-entreprises et artisanal de santé au travail).

Docteure à la consultation maladies professionnelles au CHU de Nantes, Dominique Dupas dresse le même constat : « Les personnels, généralement des femmes, disposent de peu de marge de manoeuvre, en particulier pour exercer des rotations de poste. De plus, les exigences des patients et de leurs familles se sont accrues. Du coup, les salariés sont en permanence sur le qui-vive. Ajouter à cela un sous-effectif endémique et vous avez une augmentation sensible du nombre de salariés se plaignant de TMS . »


L’essentiel

1 En 2005, selon la Cnamts, 28 278 TMS répertoriés au tableau 57 des maladies professionnelles ont été indemnisés, contre 24 848 en 2004.

2 En raison de l’ampleur de la sous-déclaration, les TMS sont toutefois considérés comme largement plus répandus.

3 Mesure phare du Plan santé au travail de Gérard Larcher, la diminution du nombre de TMS risque d’être contrecarrée par les perspectives de maintien dans l’emploi des seniors et le développement des services à la personne.


Des pathologies multifactorielles

Syndrome du canal carpien (poignet), épicondylite ou épitrochléite (coude), tendinite de la coiffe des rotateurs (épaule)… Les TMS , lésions multifactorielles d’origine professionnelle, sont des pathologies péri-articulaires des membres supérieurs et inférieurs, répertoriées au tableau 57 des maladies professionnelles du régime général et au tableau 39 du régime agricole. Dans la famille TMS , il convient aussi d’ajouter les lombalgies (tableaux 97 et 98). Si tous les secteurs d’activité sont concernés, les plus exposés restent l’agroalimentaire, l’industrie, le bâtiment. Quant au portrait- robot d’une victime de TMS , il s’agit plutôt d’une femme, ouvrière ou employée, peu qualifiée.

Les facteurs qui expliquent l’apparition de ces maladies sont, aujourd’hui, bien identifiés. Les premiers sont d’ordre biomécanique, matérialisés par la répétition de gestes, d’efforts ou de postures contraignantes.

Poids du stress

Les facteurs psychosociaux sont, quant à eux, déterminés par la manière dont sont ressenties les conditions de travail (manque de reconnaissance, absence d’autonomie, rythme élevé des cadences, management autoritaire…). Ils se traduisent par de l’insatisfaction et du stress. Le poids des facteurs psychosociaux dans la survenance de TMS est notamment considérable sur des salariés qui produisent des efforts à faible intensité maintenus dans le temps. C’est notamment le cas pour les personnes qui travaillent sur écran.

Ergonome au Ciamt (Centre interentreprises et artisanal de médecine du travail), Béatrice Nozari constate une recrudescence de «souris elbow» : « Confrontés à une intensité accrue de leur travail, les salariés se contractent. Comme ils sont aussi mal positionnés par rapport à l’écran, ils finissent par développer des TMS . »

Alors que les connaissances sur les TMS se sont enrichies, que le Plan santé au travail a, malgré ses imperfections, donné une impulsion en matière de prise de conscience sur l’éradication de ce fléau, reste, désormais, à booster les pratiques de prévention dans les entreprises. « Notre souci n’est pas tant d’inventer des outils innovants de prévention que de diffuser ceux qui sont déjà opérationnels. En clair, nous manquons de clients ! », regrette Gérard Mari, ingénieur-conseil au département prévention des risques professionnels à la Cnamts.


La Cnamts et l’Agence de Bilbao se mobilisent

– 2007, année des TMS ? Les troubles musculo-squelettiques feront en tout cas l’objet, l’an prochain, de deux événements de taille. Le premier sera organisé, fin mars, sous la houlette de la Caisse nationale d’assurance maladie, qui consacrera une semaine entière à ces maladies. Outre la mise sur pied d’un colloque à Paris, cette opération sera déclinée en province grâce à l’appui des Cram. Au menu : mise en avant des bonnes pratiques de prévention. « Le message sera de donner envie aux entreprises, notamment aux PME-PMI, de s’attaquer au risque TMS », explique-t-on à la Cnamts.

– A l’échelle européenne, c’est l’Agence de Bilbao pour la sécurité et la santé au travail qui sera le fer de lance de la campagne européenne de mobilisation contre les TMS , prévue en octobre 2007. La dernière fois que l’Agence de Bilbao a consacré sa semaine européenne à cette thématique remonte à 2000 ! Cette année, c’est la sécurité des jeunes travailleurs qui est à l’honneur. J-F. R.

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septembre 17, 2008 at 2:52

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Le monde du travail en accusation

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Paru dans Entreprise & Carrières, N° 861 du 12/06/2007 Auteur(s) : Jean-François Rio

Le suicide lié au travail est un phénomène largement méconnu. Quelle est sa réalité ? Pourquoi des salariés en arrivent-ils à ce point de non-retour ? Comment les entreprises doivent-elles gérer ces crises majeures ? Les derniers drames qui ont ébranlé Renault, EDF et PSA Peugeot Citroën contribueront-ils à briser le tabou ? Enquête…

T rois suicides en un mois ! C’est ce que vient de révéler la CGT de l’usine PSA Peugeot Citroën de Mulhouse, évoquant les décès de trois salariés survenus en mai. Ils font suite au suicide d’un ouvrier en mécanique de 51 ans, retrouvé pendu en avril dans un local technique du site alsacien. PSA après Renault, mais aussi EDF, Sodexho, Sanofi ou encore Carrefour, où un cadre a tenté de mettre fin à ses jours après un entretien d’évaluation… La question du suicide lié au travail s’est invitée ces derniers mois dans l’actualité. Une brusque mise en lumière qui s’explique, sans doute, parce que ces actes de désespoir ont impliqué des majors de l’industrie. En tout cas, ils ont suscité un émoi considérable tout en prenant de court les DRH concernées.


Sujet tabou

Acte intime par excellence, complexe à décrypter, le suicide est encore un sujet tabou. Avec environ 12 000 décès enregistrés chaque année, la France est pourtant un des pays industrialisés les plus touchés par ce fléau qui constitue la première cause de mortalité chez les jeunes. Depuis près de quinze ans, il y a plus de décès par suicide que par accident de la route ! Sans compter les tentatives, que certaines études évaluent à 150 000 par an.

Il est encore plus difficile de connaître le nombre de suicides liés au travail, qu’ils se produisent sur le lieu de l’activité professionnelle ou en dehors. Aucune étude officielle ne s’est lancée dans ce type de recherche. Seul Christian Larose (lire l’entretien p. 35), vice-président du Conseil économique et social (CES), ose le chiffre de 400 par an. Une comptabilité purement personnelle, qu’il tient de sa longue expérience de syndicaliste au sein de la fédération CGT du textile et d’une étude qu’il a menée dans le secteur industriel. Selon l’OMS, la France est toutefois le troisième pays, derrière l’Ukraine et les Etats-Unis, où les dépressions liées au travail sont les plus nombreuses.


Epuisement professionnel

Quant à l’association SOS Suicide Phénix, elle signale qu’une personne sur six contacte sa ligne d’écoute pour aborder un problème d’ordre professionnel. Les appelants ? Une majorité de fonctionnaires issus, notamment, de l’Education nationale. « On a de plus en plus de patients en état d’épuisement professionnel, qui viennent consulter tardivement, pour des raisons d’anxiété par rapport à leur travail », complète Olivier Drevon, vice-président de l’Union nationale des cliniques psychiatriques privées (UNCPSY).


Les actifs au coeur du problème

Si un premier pas dans la connaissance du sujet a été franchi, l’an dernier, avec la création, sous l’égide du ministère de la Santé, d’un Comité d’observation et de prévention du suicide , le psychiatre et professeur de médecine Michel Debout veut aller plus loin. Afin de comprendre et d’agir, il milite depuis de nombreuses années pour la mise sur pied d’un observatoire national sur les suicides . « Sachez qu’il y a, chaque année, 6 200 suicides chez les personnes âgées de 30 à 60 ans. Ce chiffre est constant depuis dix ans. En revanche, les cas de suicide ont baissé de 40 % chez les moins de 25 ans et de 15 % chez les plus de 65 ans. C’est à l’évidence la tranche d’âge constituée par les actifs qui est au coeur de la problématique. On ne peut donc pas nier le rapport entre suicide et travail. Seul problème : on ignore tout de ces 6 200 décès. »

Une chose est certaine, le phénomène du suicide au travail n’est pas nouveau. Selon une enquête de 2002, orchestrée par l’Inspection médicale régionale de Basse-Normandie en direction des médecins du travail, 55 d’entre eux (sur 190 sondés) relataient 107 cas de suicide ou tentative de suicide liés au travail au cours de la période 1997-2001.


Des causes évidentes

« Il y a cinq ans déjà, les médecins du travail signalaient qu’ils avaient été, un jour ou l’autre, confrontés à un suicide ou à une tentative de suicide de salarié sur le lieu du travail », confirme Dominique Chouanière, médecin épidémiologiste à l’INRS et responsable du projet transversal «stress». « En 1996, rappelle encore Michel Debout, qui préside aussi l’Union nationale pour la prévention du suicide (UNPS), nous avions organisé une journée de réflexion sur les suicides de policiers. Ce débat, qui avait suscité un large intérêt, s’est rapidement tari. Pourtant, le lien entre suicide et travail apparaît souvent comme une évidence même si la personne rencontre des difficultés personnelles qui jouent également un rôle important (rupture dans un couple, deuil, surendettement…) dans le passage à l’acte. »


Evolution des mentalités

Les plans de prévention élaborés par Renault et EDF (lire p. 27 et p. 30) marquent-ils pour autant la fin des non-dits ? Pour de nombreux experts, les entreprises ont longtemps pratiqué le déni même en cas de suicide sur le lieu de travail. Une attitude qui n’est pas complètement anodine puisque les sociétés ont tout intérêt à nier leur responsabilité pour ne pas avoir à verser des indemnités dues au titre des accidents du travail et maladies professionnelles (lire ci-contre).

« Les mentalités évoluent. Désormais, dans le monde du travail, on ose lever un coin du voile sur cette question. Pourquoi pas avant ? Je pense que, tout simplement, le sujet n’était pas mûr », analyse Philippe Arbouch, avocat spécialiste des addictions, coauteur du livre Les tabous dans l’entreprise.


La santé, priorité majeure

Version moins optimiste pour Eric Albert, directeur de l’Institut français d’action sur le stress (Ifas) ; pour lui, c’est parce que les Français développent un profond malaise au travail que le sujet du suicide au travail suscite soudainement un intérêt, agissant comme une sorte de caisse de résonance.

Autre piste creusée par Eric Albert : la santé au travail est devenue une priorité majeure dans la société : « Les salariés sont prêts à accepter beaucoup de leur employeur, à une seule exception : leur santé. Auparavant, un ouvrier acceptait de se blesser au boulot, aujourd’hui c’est inconcevable. Or, pour 80 % de la population active, la santé au travail relève des questions psychiques, dont la conséquence absolue est l’acte suicidaire. »

« Lorsque quelqu’un se donne la mort sur son lieu de travail, on ne peut considérer cela comme une circonstance fortuite. En faisant cela, il dénonce son environnement professionnel comme une cause majeure de son acte », observe Pierre Labasse, président d’honneur de l’Association française de communication interne (AFCI). Renault et EDF ont eu, à ce titre, le mérite de mettre les pieds dans le plat de leurs dysfonctionnements. Les questions relatives à la souffrance au travail, aux cadences, à l’exigence de productivité, aux modes de management, à l’isolement des salariés figurent en première ligne de leurs plans de prévention.


Written by jfrio

septembre 17, 2008 at 2:29

Publié dans Suicide au travail

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