Le blog RH de JF Rio, santé au travail et e-RH

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Une société israélienne propose de mesurer le stress à partir d’un PC ou d’un mobile

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La société israélienne Idesia va prochainement proposer une nouvelle technologie, baptisée BioDynamic Signature, capable de mesurer le stress d’une personne ou d’évaluer son humeur depuis un PC ou un téléphone portable. Ce nouveau procédé, rapporté par l’AFP, a été dévoilé lors d’un salon de l’informatique à Taïwan.

La technique utilisée prend le pouls de la personne grâce à deux capteurs (photo) ressemblant à une souris afin de mesurer l’activité cardiaque. Ces relevés, combinés aux données personnelles de la personne, permettent ensuite de calculer son niveau de stress. « C’est comme allumer la télévision pour voir les prévisions météo, ça permet de mieux se préparer pour aller travailler chaque jour », a déclaré David Chang, vice-président de l’entreprise, au cours du salon. Pas sûr que les entreprises qui luttent contre les risques psychosociaux soient séduites.

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juin 3, 2010 at 12:34

Chez Norbert Dentressangle, les salariés se suicident en silence

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Suicides et omerta chez Norbert Dentressangle.  Les syndicats de ce transporteur routier, un des leaders  européens du secteur, viennent tout juste d’apprendre que trois de leurs collègues avaient mis fin à leur jour.

David Astier, 34 ans, père de quatre enfants, s’est suicidé en juin. Manu Alvez et Alain Marchi, tous deux chauffeurs routiers dont l’un était père d’enfants handicapés,  ont connu la même fin tragique.

Combinés à l’augmentation des arrêts maladie, ces actes de désespoir traduisent une inexorable dégradation des conditions de travail dans cette entreprise. Malgré les alertes répétés des représentants du personnel, la direction n’a toujours pas esquissé la moindre démarche pour tenter de la juguler.

Les managers du transporteur ne sont pas davantage entendus. Selon les syndicats, un cadre de haut niveau, qui a alerté sa hiérarchie sur les risques que font peser sur la santé mentale des salariés la hausse de la productivité et des méthodes de management par le stress, s’est vu signifier une menace de licenciement !

Implanté dans un coin de la drôme, ce groupe a souvent érigé le culte du secret au rang de stratégie. Il est temps désormais qu’il place ouvertement  la problématique des risques psychosociaux au coeur de sa poltique RH et de son dialogue social.

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novembre 20, 2009 at 5:09

France Télécom à la Fête de l’Humanité, une initiative suicidaire ?

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La Fête de l’Humanité, qui a débuté le vendredi 11 avril, accueille un invité insolite par les temps qui courent : France Télécom. Partenaire du rendez-vous annuel du parti communiste, l’opérateur anime également un stand au Parc de La Courneuve. Des responsables RH  sont présents pour y vanter le bon air qui souffle actuellement au sein de cette entreprise. Pas sûr que cela soit du goût des sympathisants du PC et des autres formations de la gauche radicale, en passant par les militants de Sud.

Alors que France Télécom est confronté à une vague de suicides – 23 actes de désespoir en 18 mois ; vendredi, une jeune femme de 32 ans s’est défenestrée à Paris – en raison, notamment, de ses modes de management et d’une absence d’accompagnement durant la phase de restructuration, sa présence à la Fête de l’Huma est pour le moins une opération de com’ à haut risque voire… suicidaire.

Pour calmer les esprits, la direction de France Télécom a réuni hier en urgence une réunion exceptionnelle du CNSHSCT (Comité National Santé Hygiène, Sécurité et Conditions de Travail) présidée par Olivier Barberot, le DRH du groupe. La principale décision a été d’interrompre le processus de réorganisation, lequel s’accompagne de mobilités forcées. Parmi les autres mesures annoncées :

– ouvrir, dès le 18 septembre, une négociation avec les partenaires sociaux afin de décliner l’accord national interprofessionnel sur le stress ;
– réaliser un état des lieux pour fin novembre avec le soutien d’un cabinet d’expertise indépendant choisi en concertation avec les organisations syndicales ;
– accroître, en effectifs et en moyens, les équipes de médecine du travail et les assistant(e)s sociaux (ales) (+ 10% de médecins du travail dans les mois qui viennent) ;
– renforcer, par une centaine de collaborateurs, les équipes RH de proximité ;
– généraliser les négociations locales sur l’accompagnement des réorganisations, qui « pourront porter notamment sur la formation, les mesures d’accompagnement des mobilités, l’aménagement des horaires de travail et s’appuieront sur des accords Groupe tels que l’accord sur le télétravail, signé le 22 juin 2009. »

Le président de France Télécom doit rencontrer, dans les jours qui viennent, le ministre du Travail pour faire le point sur cette situation dramatique. Certains syndicats menacent de demander aux salariés de faire jouer leur droit de retrait.

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septembre 11, 2009 at 10:42

France Télécom s’attaque (enfin) à la prévention des suicides

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Bonne nouvelle pour les salariés de France Télécom : le DRH de l’opérateur, Olivier Barberot, a accepté, après avoir rencontré l’ensemble des syndicats le 25 août, d’ouvrir rapidement une négociation sur le stress au travail. Au menu : déclinaison de l’accord national interprofessionnel sur le stress au travail du 2 juillet 2008, renforcement des équipes RH de proximité et des médecins du travail, amélioration de l’animation du réseau des assistantes sociales, négociations locales d’accompagnement liées à des projets d’évolution organisationnelle. Des mesures censées mettre un terme à la vague de suicides dans cette entreprise.

Depuis début 2009, vingt salariés ont mis fin à leur jour dont trois depuis la mi-juillet. Il était temps que l’entreprise réagisse ! D’autant que la problématique de la souffrance au travail ne date pas d’hier chez France Télécom. En 2004 déjà , Marie-Claude Beaudeau, alors sénatrice (PC) du Val-d’Oise, demandait l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire sur ce sujet. Quelques mois plus tard sortait « La machine à broyer », le livre choc de Dominique Decèze. En 2007, les syndicats ont même créé un observatoire du stress au sein de l’entreprise.

Cette fois, la DRH a décidé de prendre les devants. C’est tant mieux ! Les points soumis à la négociation rappellent d’ailleurs étrangement ceux discutés chez Renault, à l’époque où le constructeur déplorait les suicides de ses salariés dans ses centres d’ingénierie, en particulier au Technocentre de Guyancourt. Espérons toutefois que l’entreprise s’attaque vraiment aux racines du mal, à savoir les conditions de travail et les modes de management.

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août 26, 2009 at 6:16

Mauvaise nouvelle pour les syndicats : les conflits individuels progressent

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A quelques semaines des élections prud’homales, voici un nouvel avertissement adressé aux syndicats : les conflits collectifs diminuent au profit de la conflictualité individuelle. C’est en tout cas l’analyse de l’organisme de formation et de conseils en RH Cegos dans une étude consacrée au climat social dans les entreprises. « Le mécontentement des salariés engendre de la démotivation et une augmentation des conflits individuels », juge Annick Allégret, la responsable de l’activité RH de la Cegos.

Les salariés ne se syndiquent plus mais la colère et l’esprit de révolte couvent. Une thèse corroborée par plusieurs ouvrages dont celui que des chercheurs lyonnais viennent de consacrer à la rebellion des cadres. Ces top mangers très performants n’hésitent plus à franchir le rubicon. Au programme : des refus de promotion en pagaille, une hiérarchie snobée, une remise en cause des décisions de la direction…

Plus grave : certains salariés hyperstressés, victimes d’harcèlement ou plus simplement broyés par le rouleau compresseur de la course à la performance pourraient désormais être tentés de commettre des actes violents envers autrui.

Il est donc temps que les syndicats retrouvent leur place au sein des organisations de travail. Ce serait aussi une bonne nouvelle pour les DRH.

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novembre 15, 2008 at 9:06

Un entretien avec Marie Pezé (hôpital de Nanterre) sur la souffrance au travail

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Marie Pezé anime la consultation “Souffrance et travail” de l’hôpital de Nanterre (publié dans Entreprise & Carrières, le 7/10/2008)

photo : serge cannasse – © serge.cannasse@wanadoo.fr


Votre consultation a été ouverte en 1997. La situation s’est-elle structurellement aggravée ? Ou les salariés viennent-ils davantage consulter parce que les problématiques de santé au travail sont plus médiatisées ?

Les pouvoirs publics et la presse se sont, certes, emparés du sujet, mais le malaise est profondément ancré. Le travail s’est terriblement intensifié sous l’effet, entre autres, de l’avènement des modes de production en flux tendus et de l’omniprésence des nouvelles technologies qui ont réduit les marges de manœuvre des salariés ; les mécanismes de contrôle et d’évaluation du travail sont devenus intrusifs et punitifs ; la frontière entre la vie privée et la sphère professionnelle n’a jamais été aussi poreuse ; les collectifs de travail se sont fissurés ; le contenu même du geste de travail s’est considérablement appauvri. Toutes les catégories socioprofessionnelles sont frappées. Si vous prenez, par exemple, le cas des suicides liés au travail, la seule différence avec ce que l’on a pu connaître par le passé, c’est qu’aujourd’hui, nous sommes en présence de suicides “dédicacés”. Les personnes passent à l’acte en espérant que cela servira à quelque chose. C’est une sorte d’acte militant. Je crains désormais que les salariés ne retournent leur violence vers autrui.

– Dans quel contexte avez-vous créé votre consultation ?

Je travaillais en tant que psychanalyste dans un service de chirurgie de la main. Progressivement, dans les années 1990, nous avons vu arriver une nouvelle population de patients. Il ne s’agissait plus de traiter les victimes “traditionnelles” d’accidents du travail mais des salariés totalement épuisés atteints de pathologies des membres supérieurs qui récidivaient. A l’époque, nous ne parlions pas encore de TMS. En outre, nous n’avions pas les outils cliniques, la fameuse grille de lecture, pour comprendre les fondements de cette souffrance. Ce n’est qu’ensuite, grâce notamment à l’apport des travaux de Christophe Dejours, qui occupait la chaire de psychologie du travail au Conservatoire national des arts et métiers, que nous avons appris à décrypter les effets de l’organisation du travail, de certaines formes de management sur la santé physique et mentale des salariés. C’est ainsi que nous avons découvert avec stupeur que certains manuels de management prônaient ouvertement la pratique de la terreur pour “booster” les salariés. Ces pathologies sociales se sont aggravées avec la montée du chômage. Les salariés, dont beaucoup de femmes seules avec des enfants à charge, se sont mis à subir en silence par crainte de perdre leur emploi. Du coup, quand ils arrivent en consultation, ils sont totalement détruits.

Après la sortie du livre de Marie-France Hirigoyen, en 1998, sur le harcèlement moral, nous avons été confrontés à une recrudescence de patients qui se prétendaient harcelés. Ces personnes souffraient manifestement de névroses traumatiques graves. Cela dit, nous nous sommes aperçus que, dans bien des cas, la pathologie trouvait son origine dans la dégradation des conditions de travail et ne relevait pas uniquement d’une problématique psychologique. Je me souviens de cette personne travaillant dans un cabinet juridique dont le temps de travail consacré à un dossier était contrôlé par un sablier se matérialisant sur l’écran de l’ordinateur. Or, le sablier tournait aussi la nuit et pendant les temps de pause !

Comment les professionnels des RH peuvent-ils agir pour éradiquer cette souffrance ?

Cela commence par la bonne compréhension de la survenance des pathologies professionnelles. Il convient parallèlement de s’interroger sur le management, l’organisation du travail. Je milite avec beaucoup de conviction pour que les formations initiales en RH et en management intègrent la santé au travail dans les enseignements. C’est le sens du rapport sur la formation des futurs managers et ingénieurs en santé au travail remis, en juillet dernier, par le professeur William Dab à Valérie Pécresse et à Xavier Bertrand. Récemment, j’ai accueilli, dans ma consultation, des étudiants en gestion des ressources humaines de l’université de Namur, en Belgique. Je peux vous affirmer qu’à la fin de la journée, ils n’étaient plus les mêmes. Il y a donc un travail pédagogique à fournir en direction de la communauté RH. Il est urgent que les DRH soignent le travail. J’assiste à un début de prise de conscience. Certains juristes commencent ainsi à déconseiller à des entreprises de mettre en œuvre des pratiques RH “harcelogènes” comme l’évaluation à 360o.

Les organisations syndicales doivent, elles aussi, se mettre au diapason. Arc-boutées sur les questions de salaire et d’emploi, elles ont refusé pendant longtemps de s’approprier tout un savoir en sciences humaines. Quand je vois, aussi, des inspecteurs du travail tirer à boulets rouges sur certains patrons totalement démunis, je me pose la question de l’efficacité de l’action.

– Le gouvernement entend s’attaquer au stress au travail. Est-ce de bon augure ?

Absolument, tout comme la déclinaison de l’accord européen par les partenaires sociaux. Cela dit, le rapport commandé par Xavier Bertrand à Patrick Légeron et à Philippe Nasse ne me semblait pas utile car il existe une somme d’études et d’enquêtes sur ce sujet, telles que les publications de la Dares ou l’enquête Sumer, qui porte sur des milliers de salariés. Ce ne sont pas les outils et les rapports qui manquent, mais les actes. A mon sens, il faudrait rapidement revoir les tableaux des maladies professionnelles pour y introduire de nouvelles pathologies comme l’épuisement professionnel ou les troubles cognitifs. Il est frappant de constater que dès qu’une personne sort du cadre de son travail, sa pathologie disparaît. Autre piste : renforcer la pluridisciplinarité, notamment pour aider les médecins du travail qui ne sont pas suffisamment armés pour lutter contre les risques psychosociaux.

A consulter : la carte des consultations « Souffrance et travail” : La carte de France des consultations de souffrance au travail

Marie Pezé est psychologue clinicienne, psychanalyste et psychosomaticienne. Elle dirige, depuis 1997, la consultation “Souffrance et travail” qu’elle a elle-même créée au Centre d’accueil et de soins hospitaliers (Cash) de l’hôpital de Nanterre (92). Elle accueille environ 900 patients par an. Depuis 2007, elle est experte auprès de la cour d’appel de Versailles.Elle anime également de nombreuses formations.

Elle vient de publier Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés, sous-titré Journal de la consultation “Souffrance et travail” 1997-2008 (éd. Pearson).

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octobre 6, 2008 at 2:37

Le monde du travail en accusation

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Paru dans Entreprise & Carrières, N° 861 du 12/06/2007 Auteur(s) : Jean-François Rio

Le suicide lié au travail est un phénomène largement méconnu. Quelle est sa réalité ? Pourquoi des salariés en arrivent-ils à ce point de non-retour ? Comment les entreprises doivent-elles gérer ces crises majeures ? Les derniers drames qui ont ébranlé Renault, EDF et PSA Peugeot Citroën contribueront-ils à briser le tabou ? Enquête…

T rois suicides en un mois ! C’est ce que vient de révéler la CGT de l’usine PSA Peugeot Citroën de Mulhouse, évoquant les décès de trois salariés survenus en mai. Ils font suite au suicide d’un ouvrier en mécanique de 51 ans, retrouvé pendu en avril dans un local technique du site alsacien. PSA après Renault, mais aussi EDF, Sodexho, Sanofi ou encore Carrefour, où un cadre a tenté de mettre fin à ses jours après un entretien d’évaluation… La question du suicide lié au travail s’est invitée ces derniers mois dans l’actualité. Une brusque mise en lumière qui s’explique, sans doute, parce que ces actes de désespoir ont impliqué des majors de l’industrie. En tout cas, ils ont suscité un émoi considérable tout en prenant de court les DRH concernées.


Sujet tabou

Acte intime par excellence, complexe à décrypter, le suicide est encore un sujet tabou. Avec environ 12 000 décès enregistrés chaque année, la France est pourtant un des pays industrialisés les plus touchés par ce fléau qui constitue la première cause de mortalité chez les jeunes. Depuis près de quinze ans, il y a plus de décès par suicide que par accident de la route ! Sans compter les tentatives, que certaines études évaluent à 150 000 par an.

Il est encore plus difficile de connaître le nombre de suicides liés au travail, qu’ils se produisent sur le lieu de l’activité professionnelle ou en dehors. Aucune étude officielle ne s’est lancée dans ce type de recherche. Seul Christian Larose (lire l’entretien p. 35), vice-président du Conseil économique et social (CES), ose le chiffre de 400 par an. Une comptabilité purement personnelle, qu’il tient de sa longue expérience de syndicaliste au sein de la fédération CGT du textile et d’une étude qu’il a menée dans le secteur industriel. Selon l’OMS, la France est toutefois le troisième pays, derrière l’Ukraine et les Etats-Unis, où les dépressions liées au travail sont les plus nombreuses.


Epuisement professionnel

Quant à l’association SOS Suicide Phénix, elle signale qu’une personne sur six contacte sa ligne d’écoute pour aborder un problème d’ordre professionnel. Les appelants ? Une majorité de fonctionnaires issus, notamment, de l’Education nationale. « On a de plus en plus de patients en état d’épuisement professionnel, qui viennent consulter tardivement, pour des raisons d’anxiété par rapport à leur travail », complète Olivier Drevon, vice-président de l’Union nationale des cliniques psychiatriques privées (UNCPSY).


Les actifs au coeur du problème

Si un premier pas dans la connaissance du sujet a été franchi, l’an dernier, avec la création, sous l’égide du ministère de la Santé, d’un Comité d’observation et de prévention du suicide , le psychiatre et professeur de médecine Michel Debout veut aller plus loin. Afin de comprendre et d’agir, il milite depuis de nombreuses années pour la mise sur pied d’un observatoire national sur les suicides . « Sachez qu’il y a, chaque année, 6 200 suicides chez les personnes âgées de 30 à 60 ans. Ce chiffre est constant depuis dix ans. En revanche, les cas de suicide ont baissé de 40 % chez les moins de 25 ans et de 15 % chez les plus de 65 ans. C’est à l’évidence la tranche d’âge constituée par les actifs qui est au coeur de la problématique. On ne peut donc pas nier le rapport entre suicide et travail. Seul problème : on ignore tout de ces 6 200 décès. »

Une chose est certaine, le phénomène du suicide au travail n’est pas nouveau. Selon une enquête de 2002, orchestrée par l’Inspection médicale régionale de Basse-Normandie en direction des médecins du travail, 55 d’entre eux (sur 190 sondés) relataient 107 cas de suicide ou tentative de suicide liés au travail au cours de la période 1997-2001.


Des causes évidentes

« Il y a cinq ans déjà, les médecins du travail signalaient qu’ils avaient été, un jour ou l’autre, confrontés à un suicide ou à une tentative de suicide de salarié sur le lieu du travail », confirme Dominique Chouanière, médecin épidémiologiste à l’INRS et responsable du projet transversal «stress». « En 1996, rappelle encore Michel Debout, qui préside aussi l’Union nationale pour la prévention du suicide (UNPS), nous avions organisé une journée de réflexion sur les suicides de policiers. Ce débat, qui avait suscité un large intérêt, s’est rapidement tari. Pourtant, le lien entre suicide et travail apparaît souvent comme une évidence même si la personne rencontre des difficultés personnelles qui jouent également un rôle important (rupture dans un couple, deuil, surendettement…) dans le passage à l’acte. »


Evolution des mentalités

Les plans de prévention élaborés par Renault et EDF (lire p. 27 et p. 30) marquent-ils pour autant la fin des non-dits ? Pour de nombreux experts, les entreprises ont longtemps pratiqué le déni même en cas de suicide sur le lieu de travail. Une attitude qui n’est pas complètement anodine puisque les sociétés ont tout intérêt à nier leur responsabilité pour ne pas avoir à verser des indemnités dues au titre des accidents du travail et maladies professionnelles (lire ci-contre).

« Les mentalités évoluent. Désormais, dans le monde du travail, on ose lever un coin du voile sur cette question. Pourquoi pas avant ? Je pense que, tout simplement, le sujet n’était pas mûr », analyse Philippe Arbouch, avocat spécialiste des addictions, coauteur du livre Les tabous dans l’entreprise.


La santé, priorité majeure

Version moins optimiste pour Eric Albert, directeur de l’Institut français d’action sur le stress (Ifas) ; pour lui, c’est parce que les Français développent un profond malaise au travail que le sujet du suicide au travail suscite soudainement un intérêt, agissant comme une sorte de caisse de résonance.

Autre piste creusée par Eric Albert : la santé au travail est devenue une priorité majeure dans la société : « Les salariés sont prêts à accepter beaucoup de leur employeur, à une seule exception : leur santé. Auparavant, un ouvrier acceptait de se blesser au boulot, aujourd’hui c’est inconcevable. Or, pour 80 % de la population active, la santé au travail relève des questions psychiques, dont la conséquence absolue est l’acte suicidaire. »

« Lorsque quelqu’un se donne la mort sur son lieu de travail, on ne peut considérer cela comme une circonstance fortuite. En faisant cela, il dénonce son environnement professionnel comme une cause majeure de son acte », observe Pierre Labasse, président d’honneur de l’Association française de communication interne (AFCI). Renault et EDF ont eu, à ce titre, le mérite de mettre les pieds dans le plat de leurs dysfonctionnements. Les questions relatives à la souffrance au travail, aux cadences, à l’exigence de productivité, aux modes de management, à l’isolement des salariés figurent en première ligne de leurs plans de prévention.


Written by jfrio

septembre 17, 2008 at 2:29

Publié dans Suicide au travail

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